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Vérifié le 25/09/2026

Aide sociale à l'hébergement et succession : ce que le département peut récupérer

Lorsqu'une personne hébergée en établissement a bénéficié de l'aide sociale à l'hébergement, le département qui l'a versée peut en demander le remboursement au moment de la succession. Cette page décrit quelles aides sont concernées et lesquelles ne le sont pas, sur quoi porte la récupération, dans quelles limites, et comment elle se déroule. Elle ne remplace pas la notification du département ni l'analyse du notaire.

Quelles aides sont récupérables au décès, et lesquelles ne le sont pas

Toutes les aides perçues par une personne âgée ne suivent pas la même règle. Le tableau distingue celles qui peuvent être reprises sur la succession et celles qui ne le peuvent pas.

AideRécupérable sur la succession ?Règle et source
Aide sociale à l'hébergement (ASH), versée par le département pour un séjour en Ehpad, en résidence autonomie ou en accueil familialOuiSur l'actif net de la succession, dans la limite des sommes versées ; aucun seuil prévu par le code (CASF art. L132-8 et R132-11)
Aide sociale à domicile, aide médicale à domicile, forfait journalier hospitalier pris en chargeOui, au-delà d'un seuilSur la partie de l'actif net qui dépasse 46 000 € ; seules les dépenses supérieures à 760 € sont reprises, pour la part qui excède ce montant (art. R132-12)
Allocation personnalisée d'autonomie (APA), à domicile ou en établissementNonAucun recouvrement sur la succession, le légataire, le donataire ou le bénéficiaire d'une assurance-vie (art. L232-19)
Prestation de compensation du handicap (PCH)NonNon récupérable d'après le ministère des Solidarités (solidarites.gouv.fr) ; article du code non relu pour cette page
Allocation de solidarité aux personnes âgées (Aspa, ancien minimum vieillesse), versée par la caisse de retraiteOui, au-delà d'un seuilRécupérable sur la partie de l'actif net qui dépasse 108 586,14 € en métropole pour un décès en 2026 (150 000 € dans les départements d'outre-mer), dans la limite d'un plafond annuel ; source unique lue : service-public.gouv.fr, fiche F16871 (vérifiée le 23/06/2026)

La suite de cette page traite de l'aide sociale à l'hébergement, la plus fréquente pour un parent en établissement. L'aide sociale est accordée par le département après examen des ressources de la personne et de l'aide que peuvent apporter ses obligés alimentaires ; du vivant de la personne, 90 % de ses ressources sont affectées à ses frais de séjour (art. L132-3).

Sur quoi porte la récupération

L'article L132-8 du Code de l'action sociale et des familles ouvre au département quatre recours, exercés « dans la limite du montant des prestations allouées » (art. R132-11) :

Le même article prévoit un recours du vivant de la personne si elle « revient à meilleure fortune », par exemple si elle reçoit elle-même un héritage.

Un exemple

Une personne a séjourné quatre ans en Ehpad ; le département a versé 38 000 € d'aide sociale à l'hébergement. À son décès, elle laisse un actif net de 120 000 € à ses deux enfants. Le département peut récupérer jusqu'à 38 000 € ; il reste 82 000 € à partager, soit 41 000 € par enfant, montant inférieur à l'abattement de 100 000 € en ligne directe : aucun droit de succession n'est dû. Si l'actif net n'avait été que de 20 000 €, la récupération se serait limitée à 20 000 €, sans recours sur les biens propres des enfants.

Y a-t-il un seuil ou une possibilité de report ?

Pour l'aide sociale à l'hébergement, le code ne fixe aucun seuil d'actif net : la récupération peut s'exercer dès le premier euro, dans la limite des sommes versées. Le seuil de 46 000 € souvent cité concerne l'aide sociale à domicile, l'aide médicale à domicile, l'ancienne prestation spécifique dépendance et le forfait journalier (art. R132-12), pas l'hébergement.

En revanche, « le président du conseil départemental ou le préfet fixe le montant des sommes à récupérer » et « peut décider de reporter la récupération en tout ou partie » (art. R132-11). Ce pouvoir d'appréciation explique que les pratiques diffèrent d'un département à l'autre : la notification reçue par les héritiers indique le montant réclamé et les conditions ; le service d'aide sociale du département renseigne sur les règles qu'il applique.

Personnes handicapées : une règle plus protectrice

Pour une personne handicapée accueillie dans un établissement pour adultes handicapés, l'article L344-5 écarte la récupération lorsque les héritiers sont « son conjoint, ses enfants, ses parents ou la personne qui a assumé, de façon effective et constante, la charge du handicapé », et l'écarte aussi à l'égard du légataire, du donataire et du bénéficiaire d'une assurance-vie ; le retour à meilleure fortune n'est pas non plus récupéré. Une disposition voisine (art. L344-5-1) étend ces règles à certaines personnes handicapées accueillies après soixante ans dans un établissement pour personnes âgées ; son texte n'a pas été relu pour cette page et se vérifie avec le notaire ou le département.

Comment la récupération se déroule

  1. Le département est informé du décès, en pratique par le notaire chargé de la succession ou par la famille, et établit le décompte des sommes versées. Les héritiers peuvent demander ce décompte au service d'aide sociale.
  2. Une décision fixe le montant réclamé. Elle est prise par le président du conseil départemental (art. R132-11) et notifiée. Elle peut être contestée ; les voies et les délais de recours figurent sur la notification.
  3. Une hypothèque légale peut garantir la créance sur les immeubles de la personne aidée (art. L132-9), inscrite à la demande du département, sans frais ; aucune inscription n'est prise lorsque la valeur des biens est inférieure à une somme fixée par voie réglementaire. L'aide à domicile et le forfait journalier ne sont pas garantis par cette hypothèque.
  4. La somme est réglée sur la succession, comme les autres dettes du défunt, avant le partage entre héritiers. Le notaire l'intègre au règlement ; la question de sa déduction de l'actif soumis aux droits de succession relève de lui, au vu de la notification.

D'après le ministère des Solidarités, l'action en récupération se prescrit par cinq ans à compter de la date à laquelle le département a eu connaissance du décès ; ce délai n'a pas été relu dans le code pour cette page.

Obligation alimentaire et récupération : deux mécanismes distincts

Lors de la demande d'aide sociale, les personnes tenues à l'obligation alimentaire — au premier rang les enfants — sont invitées à indiquer l'aide qu'elles peuvent apporter (CASF art. L132-6 ; Code civil art. 205 et suivants). Depuis la loi du 8 avril 2024, les petits-enfants en sont dispensés pour l'aide sociale à l'hébergement d'un grand-parent. Cette participation, fixée du vivant de la personne, ne doit pas être confondue avec la récupération sur succession, qui intervient après le décès et porte sur les biens laissés par le défunt.

Ce que cela change pour les héritiers

Questions fréquentes

L'APA versée à un parent en Ehpad est-elle reprise sur sa succession ?

Non. Les sommes servies au titre de l'allocation personnalisée d'autonomie ne font l'objet d'aucun recouvrement sur la succession, ni sur un légataire, un donataire ou le bénéficiaire d'un contrat d'assurance-vie (CASF art. L232-19). Seule l'aide sociale à l'hébergement, qui est une aide distincte, est récupérable.

Le département peut-il demander aux enfants de rembourser sur leurs propres biens ?

La récupération sur succession porte sur l'actif net laissé par le défunt, dans la limite des sommes versées (CASF art. L132-8 et R132-11). Elle ne s'exerce pas sur le patrimoine personnel des héritiers. Une question distincte est l'obligation alimentaire, qui peut être demandée aux enfants du vivant du parent lors de l'admission à l'aide sociale (art. L132-6) ; les petits-enfants en sont dispensés pour l'aide sociale à l'hébergement d'un grand-parent.

Une donation faite il y a huit ans peut-elle être reprise ?

Oui, si elle a été consentie dans les dix ans qui ont précédé la demande d'aide sociale, ou après cette demande (CASF art. L132-8, 2°). Le recours s'exerce jusqu'à concurrence de la valeur des biens donnés, appréciée au jour du recours, déduction faite des plus-values dues aux travaux ou aux dépenses du donataire (art. R132-11).

Un contrat d'assurance-vie échappe-t-il à la récupération ?

Pas entièrement. À titre subsidiaire, le département peut agir contre le bénéficiaire d'un contrat souscrit par la personne aidée, à concurrence de la fraction des primes versées après ses soixante-dix ans ; s'il y a plusieurs bénéficiaires, au prorata des sommes reçues (CASF art. L132-8, 4°). Les primes versées avant soixante-dix ans ne sont pas concernées.

Y a-t-il un montant de succession en dessous duquel rien n'est récupéré ?

Pour l'aide sociale à l'hébergement, le code ne prévoit pas de seuil : la récupération s'exerce sur l'actif net, dans la limite des sommes versées, et le président du conseil départemental peut décider de la reporter en tout ou partie (CASF art. R132-11). Le seuil de 46 000 € d'actif net, avec un plancher de dépenses de 760 €, ne concerne que l'aide sociale à domicile, l'aide médicale à domicile, l'ancienne prestation spécifique dépendance et le forfait journalier (art. R132-12).

Cette page décrit les règles du Code de l'action sociale et des familles à la date indiquée. Les pratiques de récupération varient selon les départements, qui disposent d'un pouvoir d'appréciation ; seule la notification reçue fait foi pour un dossier donné. Elle ne constitue pas un conseil sur l'acceptation ou le refus d'une succession.
Sources vérifiées le 25/09/2026 : Code de l'action sociale et des familles lu sur Légifrance (version en vigueur au 25/09/2026) — art. L132-3, L132-6 (loi n° 2024-317 du 8 avril 2024), L132-8 (loi n° 2015-1776 du 28 décembre 2015), L132-9, R132-11, R132-12, L232-19, L344-5 ; art. L344-5-1 et L245-7 non relus. service-public.gouv.fr, fiche F2444 « Aide sociale à l'hébergement (ASH) d'une personne âgée » (vérifiée le 01/01/2026) et fiche F16871 « Aspa » (vérifiée le 23/06/2026, seule source lue pour le seuil de 108 586,14 €). pour-les-personnes-agees.gouv.fr (CNSA), « La récupération de l'aide sociale à l'hébergement » (mise à jour du 02/05/2025). solidarites.gouv.fr, « Récupération des prestations sociales » (PCH, RSA et APA non récupérables ; prescription de cinq ans, source unique).

Rédigé et vérifié par Nathan Penin, éditeur de messuccessions.fr. Règles recoupées sur au moins deux sources officielles, sauf mention contraire (sources et méthodologie) · page mise à jour le 25/09/2026.